Coronavirus : la France, ce pays du tiers-monde

Updated: 7 days ago


La gestion désastreuse de la crise sanitaire par le gouvernement français depuis l'apparition du coronavirus fait ressurgir en plein jour un mal profond qui demeurait pourtant présent dans bien des têtes : la France, septième puissance mondiale, se rêve encore en grande puissance alors même qu'elle n'a plus les moyens de son ambition et, disons le tout net, ses dirigeants n'ont manifestement plus la moindre ambition pour elle.


La crise sanitaire laisse apparaître un Etat régalien impuissant, désorganisé. Un Etat qui a capitulé au profit d'une structure européenne désincarnée, illégitime et incapable de répondre aux véritables défis de l'époque. Alors même que le gouvernement se défausse régulièrement de sa responsabilité sur la communauté scientifique en assurant prendre des décisions à partir de constats objectifs, le Président-communicant Emmanuel Macron gère davantage qu'il ne gouverne. A l'image de la lointaine accession au pouvoir de Louis-Philippe en 1830, E. Macron symbolise magnifiquement l'union d'une bourgeoisie de droite et de gauche qui a gouverné dans les faits ce pays pendant plus de quarante ans. Ainsi, s'il n'est pas responsable de la faillite de l'Etat régalien, il en est, par son mandat actuel, le continuateur.


Alors que l'urgence sanitaire semble n'être qu'à ses débuts après une gestion calamiteuse, alors que nous entamons la deuxième semaine de confinement - et que le conseil scientifique vient de se prononcer en faveur d'un confinement jusqu'au 28 avril, la France apparaît plus que jamais aux yeux de tous comme un pays du Tiers-monde. A travers cette crise sanitaire majeure, retour sur des maux profonds.

Le tiers-monde, cette expression fut inventée par le grand démographe français Alfred Sauvy (1898 - 1990) et désignait durant la Guerre froide principalement les pays africains qui n'étaient ni alignés sur le bloc soviétique ni sur le bloc occidental. Ces pays étaient caractérisés par un sous-développement économique chronique mais désireux de s'élever : "Ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers-Etat, veut lui aussi, être quelque chose" nous disait Alfred Sauvy dans un article intitulé "Trois mondes, une planète" paru en 1952 dans le journal L'Observateur.

Face à l'émergence du coronavirus en Chine fin décembre 2019, nos dirigeants ont fait preuve dans un premier temps de légèreté face alors à une potentielle menace sanitaire puis enfermés dans leur idéologie, se sont dédouanés de toute responsabilité en invoquant la sacro-sainte "société savante" scientifique. Une fois n'est pas coutume, la communication gouvernementale a pris le pas sur la sincérité des moyens disponibles.


Du règne de la communication à l'absence de décisions


La doctrine française du principe de précaution et de prévention fut mise à mal par la gestion de la crise du H1N1 de la ministre de la santé et des sports de l'époque, Roselyne Bachelot. Du moins, un front politique s'est élevé devant des dépenses jugées massives pour un résultat somme toute modeste. Si la campagne de vaccination au H1N1 fut un échec patent, la constitution d'un stock de masques était bien réel, 6 millions furent d'ailleurs utilisés. Des députés en commission d'enquête "sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1)" en 2010 avait alors fortement critiqués la gestion du stock des masques et le coût que cela représentait.

La réalité sur le stock de masques en France

Au sortir de l'épidémie de H1N1, la France disposait d'un stock de masques pléthorique, avec près d'un milliard de masques chirurgicaux et plus de 700 millions de modèles FFP2. Ce stock tournant impliquait alors "la libération (par exemple vers les hôpitaux pour l'usage en soins courants) et la reconstitution régulières d'une partie du stock".

L'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), créé en 2007 et aujourd'hui intégré au sein de l'Agence de santé publique, cessa de renouveler ses réserves en 2011. En mai 2013, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) qui dépend de Matignon, acte le changement de doctrine et donc le renouvellement des stocks. L'Eprus est délesté d'une partie de la responsabilité de constituer des stocks. Les ministères doivent disposer de leur propres réserves de précaution. Les employeurs (hôpitaux, cliniques privées...) doivent alors"déterminer l'opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger leur personnel", en particulier FFP2.

Extrait de la commission d'enquête "sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1)"

Alors que l'épidémie de coronavirus commence à se propager au début de l'année 2020, les stocks ont fondu. L'Etat ne dispose d'aucune réserve en masques FFP2, de seulement 117 millions de masques chirurgicaux adultes et de 40 millions de masques pédiatriques enfants. Dans ses entrepôts d'Orléans, l'armée "identifie" quant à elle cinq millions de masques, qu'elle distribue le 19 mars. Face à une demande mondiale importante de plusieurs pays concernés directement par la pandémie, l'Etat tarde à réagir. Le tissu industriel français complètement détruit depuis quarante années se mobilise tant bien que mal.


Citons LVMH notamment qui a débuté le 16 mars dans ses usines françaises une production de gel hydroalcoolique livrée aux hôpitaux puis lance le 21 mars, en résolvant en seulement 48H les difficultés logistiques, la production de masques de protection : 10 millions de masques par semaine pendant au moins quatre semaines. Une opération au coût estimé à 5 millions d'euros financée entièrement par le groupe français. "Le Groupe LVMH assurera ensuite la gestion, la livraison et le dédouanement de l’ensemble des livraisons. Grâce à cette contribution et à la mobilisation de son réseau, LVMH devrait acheminer les premiers masques aux autorités sanitaires françaises en début de semaine prochaine", indique la direction de la communication de la maison.


Si dans une situation aussi exceptionnelle, l'Etat s'en remet, à raison, à notre industrie, il n'en demeure pas moins qu'il est incapable d'organiser lui-même la mobilisation. Pire, il a menti, depuis de nombreuses semaines sur le stock de masques et d’équipements à destination de notre personnel soignant. De nombreuses semaines furent ainsi perdues sur lesquelles il faudra revenir lorsque la crise sera derrière nous. Empêtré dans ses propres mensonges et sa communication hasardeuse, le gouvernement a participé à l’incompréhension des Français et au climat de panique. Petit florilège :

Zapping Panorama Média - La gestion sanitaire française et sa communication

Quand l'idéologie européiste se brise sur la réalité des peuples


D'emblée fin janvier, le début de l'épidémie a posé la question d'un contrôle - voire de la fermeture - des frontières par l'arrêt des vols aériens venant des pays asiatiques. La mesure n'apparaissait pas comme le remède miracle mais constituait un premier réflexe barrière devant la menace. Plus tard, lorsque l'Italie est devenue un foyer important du virus en Europe, la question s'est reposée avec insistance. Le gouvernement, qui n'a pas voulu délibéré en faveur de cette mesure jugée extrême, a d'abord mis en place des affiches de prévention dans les aéroports à destination des voyageurs. Aucun contrôle des voyageurs à leur arrivée, aucun dépistage prévu, aucune mise en quarantaine dans l'aéroport ...


Devant ce débat qui a animé la classe politique, Emmanuel Macron a d’abord tranché le 12 mars dans une première allocution : "Nous devons aujourd'hui éviter deux écueils, mes chers compatriotes. D'une part, le repli nationaliste. Ce virus n'a pas de passeport. [...] Il ne faut céder là à aucune facilité, aucune panique. Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l'échelle européenne, car c'est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections". La réponse se veut idéologique, les frontières nationales n’existent plus, la France est dissoute dans l’Union européenne. La France n’a plus de frontières car elle se situe dans un vague espace européen. Il aura fallu attendre l'allocution du Président le 16 mars pour annoncer la fermeture des frontières de l'Union européenne et de l'espace Schengen ainsi que les voyages aériens entre les pays hors de l'Union européenne et ceux de l'U.E. Le Président s’est donc rangé autour d’une décision commune comme si la concertation l’emportait sur l’instinct. Une réponse bien tardive alors que l'Italie et l'Allemagne avaient déjà décidé, de manière unilatérale, la fermeture de leurs frontières respectives.


Là où Emmanuel Macron cherchait un consensus de l'U.E, la réalité brute d'une pandémie fortement contagieuse et relativement meurtrière a fait ressurgir les réflexes archaïques des peuples comme un précepte honteusement oublié : lorsque les citoyens se sentent menacés, ils se tournent d'abord vers l'Etat-nation, ils se tournent d’abord vers les siens. Ainsi s'exprime la dure réalité pour celui qui ne cesse de nous répéter que "nous sommes en guerre".


L'exemple italien : une solidarité mondiale et pas européenne

Cherchant son salut dans l'Union européenne technocratique, le Président Macron vantait au peuple français une réponse commune. La réalité est toute autre.

L’Italie durement touchée par ce fléau demanda l’aide européenne. Il n’en fut rien. L’U.E s’occupa le 10 mars de résoudre le problème « majeur » de la circulation des vols aériens en suspendant la règle qui oblige les compagnies à faire voler des avions à vide pour conserver leurs créneaux. Pour montrer sa solidarité face à la catastrophe, la Présidente de la Commission européenne publia sur les réseaux le 22 mars une vidéo - sous forme d'un défi lancé à quelques personnes qui se doivent à leur tour de le faire et de proposer ce challenge à d'autres - décrivant les étapes essentielles pour bien se laver les mains et éviter ainsi la transmission du virus. Le 22 mars ... Un challenge sur les réseaux sociaux ... Le 22 mars ... La faillite européenne en une vidéo. Le 24 mars, malgré la gravité de la situation, elle annonce que le processus d'entrée dans l'Union européenne est lancée pour l'Albanie et la Macédoine du Nord.

Vidéo publiée sur le compte twitter d'Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne


Tweet d'Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne annonçant le début du processus d'entrée dans l'U.E de deux nouveaux pays


La Chine, qui a réussi à contrôler l'épidémie, apporte désormais son aide à l'Italie en livrant des masques. L'une des cargaisons de passage en République tchèque a été saisie le vendredi 20 mars par ce dernier ; ainsi des centaines de milliers de masques bloquées déclenchent un incident diplomatique entre les deux pays de l'U.E. Depuis quelques jours, l'aide médicale arrive en Italie afin d'épauler les services d'urgences italiens complètement dépassés par la catastrophe. Cette aide vient de partout sauf de l'Union européenne. La Russie a envoyé le 22 mars 100 personnes, parmi lesquelles des médecins militaires de renom, des virologues, des épidémiologistes, ainsi que des complexes mobiles de désinfection et de diagnostic. Ces spécialistes et ces équipements vont être déployés dans les régions d’Italie les plus touchées par le coronavirus. Plus improbable pour certains, l'aide est aussi cubaine avec l'envoi de médecins qui avaient travaillé - pour trente d'entre eux - sur l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest en 2014.

Des médecins cubains venus prêter mains fortes à l'Italie - Dimanche 22 mars


Une revanche tragique et ironique de la France périphérique


Emmanuel Macron fut élu le 7 mai 2017 grâce aux voix des citoyens des métropoles - à Paris, il fit 89,68% des voix au second tour. Il incarne le vote de ces gagnants de la mondialisation, des citoyens intégrés au grand marché, de la société de service face à ceux de la France périphérique magistralement décrite dans ses livres par le géographe Christophe Guilluy. Après les innombrables dérapages du Président-communicant sur cette France d'en bas qui ne trouve pas "de boulot en traversant la rue", le confinement touche finalement son électorat privilégié.


Au réveil du premier jour de confinement et après la fuite des Parisiens retournés contaminer les régions françaises, la réalité réapparait aux yeux de tous : la France d'en bas, la France qui trime nourrit ce pays, agriculteurs, caissières, ouvriers, routiers, etc ... Ce sont eux qui tiennent à bout de bras la France.


Il aura fallu attendre le coronavirus pour les remettre dans la lumière. Et c'est sur eux aussi, demain, qu'il faudra compter pour reconstruire l'Etat régalien.


Grégoire Guillemin

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